Deux questions souvent confondues
Dans les débats sur la souveraineté numérique, on mélange volontiers deux questions. Qui a conçu la technologie ? Et qui l'exploite au quotidien ? Les distinguer change pourtant la façon d'évaluer une offre cloud ou IA.
La souveraineté d'origine
Elle porte sur la provenance. Qui a développé la brique, où, qui détient la propriété intellectuelle, quels fournisseurs interviennent dans la chaîne d'approvisionnement. C'est la question de la conception.
La souveraineté opérationnelle
Elle porte sur l'exploitation. Où les données sont-elles traitées ? Qui opère la solution ? Quel risque pèse sur un service devenu critique, en cas d'interruption ou de décision extérieure ? C'est la question du contrôle réel.
Une dépendance qui varie selon les couches
L'intérêt de cette distinction apparaît dès qu'on découpe une solution en couches.
Le matériel de calcul de l'IA, d'abord. Dépendance très forte : un seul fabricant contrôlerait entre 75 et 90 % du marché des puces, selon les estimations disponibles. Difficile d'y échapper à court terme.
Les logiciels d'inférence et les modèles, ensuite. Là, des alternatives existent. Des technologies ouvertes, des modèles à poids ouverts, déployables dans des infrastructures maîtrisées.
La couche intermédiaire, enfin, souvent oubliée. Elle gère les accès et les flux entre les briques. Mal sécurisée, elle devient le point faible de l'ensemble.
Compenser par le contrôle opérationnel
Pour une DSI, viser une souveraineté d'origine totale n'a pas toujours de sens. Sur certaines couches, c'est hors de portée. L'enjeu est d'identifier, couche par couche, où la dépendance est acceptable et où elle ne l'est pas. Puis de compenser par la maîtrise opérationnelle : choix de l'hébergement, de l'opérateur, contrôle des accès d'administration, capacité à changer de fournisseur.
Un composant d'origine étrangère peut rester acceptable s'il est opéré dans un cadre maîtrisé. L'inverse est aussi vrai.
Un outil pour les appels d'offres
Cette grille sert aussi en dehors de la DSI. Plutôt qu'une case « souverain » cochée en bloc, elle permet aux achats et aux métiers de comparer des offres réelles sur deux axes, origine et exploitation. Et de justifier un choix devant un comité, avec des arguments plus solides qu'une étiquette.